C’est dans son bel atelier que nous avons rencontré Cindy Cantin, designer de « Cantin », anciennement « C’est comme ça ». Elle nous a reçues au milieu de ses sacs alignés comme des enfants dans une salle de classe pour nous parler de sa marque, de l’entreprenariat et bien sûr du feutre, son matériau fétiche.
Comment ça a commencé ?
Ça a commencé il y a 5 ans, dû à l’intérêt croissant des Montréalais pour le marché local et l’écologie. On a vu de plus en plus de boutique ouvrir, de créateurs lancer leur marque et c’est dans cette atmosphère que j’ai décidé de créer ma propre compagnie. J’ai donc arrêté mon travail, j’ai demandé des subventions et je me suis lancée. J’ai réalisé l’étude de marché, créé les prototypes et commencé la production. Au début, tout se faisait chez moi, c’était une vraie petite usine. Ça a été comme ça les trois premières années avant de me trouver un atelier.

Comment définirais-tu ta marque ?
Cantin est une marque au design sobre, classique, indémodable. Mais aussi une marque écologique par le choix des matériaux et par le look, puisque qu’on ne s’en lasse pas.

Quelles sont tes inspirations ?
Au début, je suis vraiment partie du feutre pour savoir ce que je pouvais faire. Le feutre a des propriétés imperméables, ce qui m’a beaucoup inspirée avec tous ces travailleurs autonomes transportant leurs laptop ou IPad un peu partout. Par la suite, je me suis lancée dans les sacs et tout autre accessoire du quotidien. Tout le monde me parlait sans arrêt du feutre, de ce que ça leur évoquait, c’est un matériaux avec une très grande mémoire collective, beaucoup d’émotion. D’où l’idée des sacs d’écolier.

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Comment as-tu appris à travailler avec ces matériaux ?
Au début, j’ai commencé par des stages de couture. Je voulais apprendre à coudre mais aussi voir à quoi ressemble une petite entreprise. Je ne voulais pas me tromper. J’ai ainsi vu toute la production et travaillé avec des matériaux très divers, notamment le cuir.

D’où viennent tes matériaux ?
Le feutre vient d’Allemagne, malheureusement on n’en fait plus au Canada. Le cuir et la quincaillerie sont achetés à Montreal mais certains cuirs proviennent d’Italie ou des États-Unis. Je travaille avec du cuir neuf et du cuir recyclé. Le cuir neuf permet d’être toujours approvisionné mais aussi de rester cohérente sur le long terme dans mes couleurs. On travaille aussi beaucoup avec du cuir végétal. Le tannage est bien moins nocif pour l’environnement. On veut rester le plus éthique possible.

Est-ce que tu comptes développer des accessoires dans d’autres domaines que la mode ?
Au début, je faisais beaucoup de décoration mais le marché était plus compliqué, moins ouvert. Je suis vraiment allée vers la demande. J’aimerais éventuellement y retourner mais ça demanderait trop de temps pour bien faire les choses. Il faudrait trouver d’autres distributeurs, refaire une étude de marché et pour le moment je n’ai malheureusement pas le temps. Peut-être un jour.

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Comment définirais-tu ta clientèle ?
C’est très unisexe. J’ai beaucoup d’hommes et de femmes. Le nouvelle collection est peut-être plus féminine mais beaucoup de produits restent aussi masculin. C’est très large aussi dans les âges, comme mes designs sont très sobres, cela plait autant à des femmes de 50 ans qu’à des jeunes du Mile-end.

Est-ce que tu vends ailleurs qu’au Canada ?
Aux États-Unis de plus en plus. L’Europe m’intéresse beaucoup mais je n’ai pas eu beaucoup de temps pour développer ce marché.

D’où provient cet engouement pour le feutre ?
Je pense que cela fait partie de l’air du temps, le retour aux sources, le retour à plus de naturel. À tous les niveaux c’est ainsi. Aménagement intérieur, nourriture… On revient à l’essentiel. Le feutre correspond très bien à cet univers et à ces nouvelles tendances. C’est aussi un matériau durable et intemporel, tout comme le cuir.

Comment fabrique-t-on le feutre ?
Ce sont plusieurs superpositions de laines qu’on dit non cardées, qui sont croisées les unes par-dessus les autres et ensuite pressées à la vapeur. Cela prend beaucoup de couches pour obtenir un feutre d’une bonne épaisseur. C’est pourquoi ce matériau est assez dispendieux. J’ai essayé de le faire moi-même mais je n’arrivais pas à obtenir autant de rigidité et de fermeté. Ce n’est pas évident à faire.

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Comment a évolué la mode à Montréal en 5 ans ?
C’est de plus en plus varié. On a beaucoup plus de petites compagnies qui trouvent des niches avec des particularités différentes. Il y a une belle complémentarité. Je pense que ça va continuer à se developer. Maintenant que ça a commencé, on se dit que ça peut se faire, donc probablement de plus en plus de gens seront intéressés à l’idée se lancer. Et puis, avec les subventions, on peut se consacrer totalement à son projet. Et même si ce projet échoue, on fait autre chose. Les mentalités ont vraiment changé.

Quels conseils donnerais-tu pour démarrer son entreprise ?
Ne pas hésiter. Mais bien se sécuriser. Voir des gens qui le font, comment ils l’ont fait. Savoir si on veut faire les choses ainsi ou autrement. Et puis, même à 30 ans c’est jeune, on a le temps de faire des projets, de se tromper et de recommencer.

Quels sont tes projets pour cette année ?
Tout d’abord bien faire la transition avec le changement de nom. Bien l’établir. Continuer les salons et développer la vente en ligne. J’espère aussi trouver le temps de réaliser de nouveaux produits.

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Site web de Cantin:
www.ccommeca.ca